Au Musée Fabre, une interview « confinement » avec ses deux conservateurs

Créé en 1825 par le Baron François-Xavier Fabre, le Musée Fabre à Montpellier est le principal musée des Beaux-Arts de la Ville. Cet hôtel particulier du XVIIIème s. situé au coeur de la ville entre Corum et place de la Comédie, accueille chaque année des milliers de visiteurs de Montpellier ou sa région mais aussi de nombreux touristes internationaux. Pour moi une visite au musée constitue un échange entre mon propre regard et le travail des peintres ou sculpteurs. C’est à la fois un voyage dans le temps et un véritable voyage dans l’espace que chacun peut faire avec les nombreuses toiles d’immenses artistes venus de différents pays européens. 

La Direction du musée a adapté son activité durant la période de confinement actuel et propose des rendez-vous, concours photos et visites virtuelles à découvrir sur le site du musée ou sur les réseaux sociaux comme Instagram,

Maud  Marron-Wojevodzki  et Pierre Stépanoff, tous les deux conservateurs au musée ont bien voulu répondre à cette interview . Je les en remercie vivement.

Comment traversez-vous la crise sanitaire actuelle dans le cadre de vos fonctions ?

M.M.-W. et P.S. : Avec la crise sanitaire, le musée Fabre est fermé pour une durée indéterminée mais cela n’induit pas l’arrêt de nos activités, fort heureusement. D’abord, nous tâchons de continuer à faire vivre nos collections, à travers les réseaux sociaux et des dispositifs numériques inédits, telle que la mise en oeuvre d’une visite virtuelle 360° de l’exposition Jean Ranc, un Montpelliérain à la cour des rois, exposition qui était alors en cours. Si rien n’équivaut à une visite dans les salles, qui offre une confrontation irremplaçable avec les oeuvres, cette crise est aussi l’opportunité de faire découvrir nos collections au public sous un nouvel angle et de favoriser un accès diversifié à l’art pendant cette période d’isolement.

Cette crise permet également de se recentrer sur d’autres missions fondamentales du musée, telle que la recherche sur les collections, mais aussi de poursuivre des projets au long court, telles que les futures expositions, dont l’élaboration nécessite plusieurs années de travail ! L’écriture, les nombreuses lectures nous aident à traverser cette crise et à prendre du recul face à la situation que nous vivons : comme l’écrivait Hannah Arendt, « la réalité et la solidité du monde humain reposent avant tout sur le fait que nous sommes environnés de choses plus durables que l’activité qui les a produites ». Les oeuvres d’art que nous conservons dans nos musées, qui, tout en traversant les siècles, ne cessent d’offrir un infini d’horizons possibles au monde que nous partageons, en sont l’exemple-même.

Avez-vous des « trucs et astuces » pour vous adapter à la situation ?

P.S. : Il faut garder à l’esprit la chance extraordinaire que nous avons, quand on fait un métier intellectuel, de pouvoir être confiné. Au fond, dans nos journées de travail habituelles, nous passons notre temps à chercher le confinement, pour lire, faire des recherches, étudier les tableaux, rédiger des textes. L’isolement que nous vivons aujourd’hui peut être fertile tant que l’on garde à l’esprit l‘opportunité qu’il représente pour étudier, faire des recherches et avec un peu de chance quelques découvertes, en attendant le plaisir de les partager avec le public quand le musée rouvrira.

M.M.-W. : Aussi, multiplier les contacts et les échanges à distance avec nos collègues permet de suivre la vie et les moyens mis en place par d’autres établissements pour faire face à la situation, tout en se soutenant les uns les autres et en réfléchissant ensemble sur le sens de nos missions. J’essaie pour ma part d’organiser au mieux les différents projets en cours durant cette période en établissant un planning, et en tâchant de suivre le rythme qui était le mien avant le confinement : penser à faire des coupures, car le risque du télétravail est de ne jamais vraiment s’arrêter… J’ai pour ma part la chance d’avoir accès aux toits de l’Ecusson pour m’aérer l’esprit et je prends le temps d’y faire une pause quotidienne avant que le soleil ne se couche !

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